Kidengele est un mot que j’utilise volontairement et que vous m’entendrez souvent employer si vous me suivez dans ce travail d’éveil de conscience, et je sais que beaucoup se demandent ce qu’il signifie réellement. À l’origine, kidengele vient du mot français denguerie, qui désigne la bêtise, l’absurde, l’accumulation d’idées sans logique, sans réflexion, sans fondement. Mais ce mot n’est pas arrivé tel quel jusqu’à nous. Dans nos langues africaines, la lettre R est très souvent transformée en L à l’oral, et ainsi, au lieu de dire “denguerie”, on disait “dengueli”. Nos ancêtres disaient donc à quelqu’un : tu rencontres des dengueli. À cela s’ajoute l’usage du préfixe “ki”, très courant dans nos langues, notamment en lingala, pour désigner un état ou un comportement, comme dans ki-liboma, utilisé pour qualifier une attitude folle ou incohérente. En ajoutant ce “ki” à dengueli, le mot kidengele est né naturellement, par usage populaire, bien avant moi. Dans les rues de Kinshasa, kidengele a longtemps servi à qualifier un idiot, ce qui explique que beaucoup le considèrent aujourd’hui comme un simple synonyme de zoba. Mais ce n’est absolument pas dans ce sens que je l’emploie. Pour moi, kidengele est un mot conceptuel, un mot précis, presque scientifique, pour désigner un état mental bien particulier. J’appelle kidengele celui qui affirme sans savoir, celui qui croit sans preuve, celui qui défend avec certitude des idées qu’il n’a jamais vérifiées, jamais questionnées, jamais comprises. Le croyant est l’exemple parfait de cet état : il n’est sûr de rien, il n’a aucune preuve, mais il est pourtant convaincu d’avoir raison, au point de refuser toute remise en question, même face à l’évidence. Il accumule les croyances comme on accumule les dengueries, sans jamais se rendre compte qu’il confond foi, répétition et vérité. C’est pour cela que lorsque j’utilise le mot kidengele, il ne s’agit pas d’une insulte dirigée contre une personne, mais d’un rappel brutal mais nécessaire : croire n’est pas savoir, répéter n’est pas comprendre, et vivre sans questionner ce qu’on nous a imposé, c’est accepter de rencontrer la denguerie chaque jour sans jamais chercher à en sortir.